Rétrofit électrique : les motos aussi…

Rétrofit électrique : les motos aussi…

12 décembre 2023 0 Par Laurent

Face à la chasse aux motos thermiques menée dans de nombreux centres-villes, certains peuvent être tentés par le « rétrofit », c’est-à-dire la conversion d’une moto ancienne à l’électrique plutôt que d’opter pour une moto électrique neuve. Cela offre l’avantage de pouvoir continuer à rouler à moto « vintage ». Cependant, la conversion à l’électrique est une opération plutôt complexe, nécessitant des compétences mécaniques et électroniques avancées. De plus, il est impératif de respecter la réglementation en vigueur, qui est assez stricte en France :

  • La moto doit d’abord être immatriculée en France de manière définitive depuis au moins trois ans (art. 2 de l’arrêté du 13 mars 2020 publié au Journal officiel), ce qui limite les possibilités d’importation.
  • Le moteur électrique choisi ne pourra pas dépasser la puissance du moteur thermique qu’il remplace (annexe III, point 4.3 de l’arrêté du 13 mars 2020 publié au Journal officiel).
  • Le poids du véhicule converti à vide ne pourra pas varier de plus de 20 % par rapport au véhicule d’origine (annexe III, point 4.6 de l’arrêté du 13 mars 2020 publié au Journal officiel).
  • Il faudra également veiller à maintenir une répartition des masses entre les essieux proche de celle de la moto d’origine (annexe III, 4.7 de l’arrêté du 13 mars 2020 publié au Journal officiel).
  • Enfin, de nombreux tests devront être effectués pour obtenir une certification (annexe III, 5 et 6 de l’arrêté du 13 mars 2020 publié au Journal officiel) et avoir le droit de rouler sur la route. Une nouvelle carte grise sera alors délivrée au propriétaire.

Sur le papier, le rétrofit ne semble pas si compliqué, puisqu’il suffit, dans un premier temps, de démonter le moteur thermique ainsi que le système d’échappement, puis d’installer un moteur électrique à la place, accompagné d’une batterie au lithium-ion de haute capacité.

Les Guzzi et les R-BMW se prêtent bien au rétrofit
Les Guzzi et les R-BMW se prêtent bien au rétrofit

Ensuite, il faut mettre en place un système de gestion de batterie (BMS) pour surveiller et réguler la charge et la décharge de la batterie, assurant ainsi une utilisation sécurisée et une durée de vie prolongée. En outre, un contrôleur électronique est nécessaire pour réguler la puissance fournie par la batterie au moteur électrique. Il est également essentiel de penser à un système de refroidissement de la batterie, via un radiateur ou tout autre moyen permettant de maintenir une température optimale de fonctionnement de la moto.

Enfin, il faut adapter la transmission, souvent en modifiant ou remplaçant la transmission pour s’adapter au couple différent du moteur électrique. Il est alors temps de mettre à jour le tableau de bord pour inclure des indicateurs spécifiques aux véhicules électriques, tels que le niveau de charge de la batterie, avant d’installer un système de charge compatible avec la batterie et d’effectuer les tests de conformité.

Dans les faits, la conversion à l’électrique est plutôt complexe et nécessite des compétences mécaniques et électroniques avancées. L’aventure peut alors se révéler très coûteuse en fonction des composants choisis, de la puissance du moteur électrique et de la capacité de la batterie.

Il serait dommage que les motos anciennes soient condamnées à devenir des objets de musée.

Quels sont les avantages de l’électrique ?

  • Puissance : Les moteurs électriques offrent un couple instantané, ce qui signifie qu’ils peuvent fournir une puissance impressionnante dès le départ. Cela peut rendre une moto électrique particulièrement réactive et agile, même à basse vitesse.
  • Efficacité énergétique : En général, les motos électriques sont plus efficaces sur le plan énergétique que les motos thermiques. Le rendement énergétique élevé des moteurs électriques et l’absence de perte d’énergie due à la combustion de carburant contribuent à une meilleure efficacité.
  • Entretien : Les motos électriques nécessitent généralement moins d’entretien que celles à combustion interne en raison de la simplicité de leur mécanisme. Il y a moins de pièces mobiles et moins de liquides à gérer.
  • Silence : Les moteurs électriques sont plus silencieux que les moteurs à combustion interne, contribuant ainsi à la réduction du bruit urbain.

Les inconvénients

  • Autonomie : Le principal point noir de l’électrique est souvent l’autonomie faible, qui dépend énormément de la batterie. Même si les batteries modernes offrent une autonomie plus décente, cela peut varier en fonction de la taille de la batterie autorisée par la réglementation.
  • Prix : La conversion électrique coûte assez cher, même si des kits de conversion prêts à l’emploi sont disponibles sur le marché.
  • Silence : Si le silence des motos électriques peut être vu comme un avantage pour le voisinage en milieu urbain, certains motards, adeptes du bruit caractéristique, estimeront y perdre du plaisir.
  • Les incertitudes sur le coût énergétique : Il y a un réel risque de voir le prix de l’électricité continuer à augmenter, faisant s’envoler le coût des recharges. D’autant que la taxe énergétique sera sans aucun doute amenée à pallier la baisse des recettes de l’État liée à la vente des carburants, qui reste une source importante de revenus dans le budget national.

Alors, le jeu de la conversion en vaut-il la chandelle ? Dans les années à venir, avec les Zones à Faibles Émissions (ZFE), de plus en plus de motos thermiques seront interdites dans les zones urbaines, et l’électrique pourrait être la seule façon de se déplacer en ville au guidon de motos au charme rétro. Cependant, beaucoup seront encore nombreux à regretter leurs bonnes vieilles motos d’antan…

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