Toutes en Moto : « Nous, on dit aux filles osez passer le permis, osez devenir mécanicienne ! »

Toutes en Moto : « Nous, on dit aux filles osez passer le permis, osez devenir mécanicienne ! »

11 mars 2023 2 Par Laurent
Sandrine Dufils et sa Triumph Thruxton 900 (photo © DR)

Ce dimanche 12 mars 2023, des défilés sont organisés dans 13 villes de France par Toutes en moto, pour célébrer la Journée internationale des Femmes. L’occasion de faire le point sur la place des femmes et dans le monde de la moto avec Sandrine Dufils la vice-présidente de l’association Toutes en Moto. Interview

Le JDM.- La première question qui nous vient à l’esprit lorsqu’on veut aborder la place des femmes dans le monde de la moto est savez-vous quel est aujourd’hui la proportion de motardes ?

Sandrine Dufils.- En tout, si l’on regarde l’ensemble du parc roulant des deux-roues motorisés, moto et scooters, la part des femmes est de 25 %. Au niveau du permis de conduire moto, la part des femmes est de 13 %. C’est beaucoup plus que lorsque j’ai passé mon permis moto, dans les années 80, à l’époque des « Motesses »

Le JDM.- Une des difficultés des femmes (mais aussi parfois des hommes) est liée à la taille des motos, trop hautes pour les plus petit(e)s…

S. D.- Oui, nous avons eu le cas d’une femme de 1m55 qui habite le Val d’Oise et qui voulait passer son permis ; elle ne trouvait pas dans son département de moto-école proposant de moto rabaissée. Ce sont des choses à travailler : il n’y a pas assez de moto basses, peut-être parce qu’il n’y a pas assez de demande ? En tout cas, on se bat pour cela, pour que les filles osent passer leur permis moto, pour qu’elles osent devenir mécaniciennes moto.

Le JDM.- Dans tous les cas, le monde de la moto se féminise, mais est-ce que le regard de la société a évolué ?

S. D.- Oui, bien sûr. J’ai fait dix années de compétition, il y a 20 ans, j’étais alors la seule femme engagée sur 40. Aujourd’hui il y en a de plus en plus et quand je vois les performances de Maria Herrera (en moto 3) ou d’Ana Carrasco (première femme à avoir remporté une course dans un grand Prix), je trouve cela extraordinaire. Nous avons aussi le Championnat de France féminin (Women’s Cup). Mais c’est au quotidien que l’on voit que les choses ont changé, mais il faut toujours se battre.

« Vous conduisez bien pour une fille »

J’ai d’ailleurs une anecdote : je roule à Paris depuis 25 ans et j’ai une Triumph Thruxton 900. A un feu rouge en haut de Raspail, un jeune en scooter, genre 25-30 ans, s’arrête auprès de moi et me dit : « j’essaie de vous rattraper depuis Saint-Germain-des-Prés pour vous dire que votre sac à dos est ouvert ». Et il ajoute : « ça fait longtemps que vous faites de la moto pas vrai ? Vous conduisez super bien, fluide rapide, belles trajectoires. » Et il finit par lancer : « Vous conduisez bien pour une fille ». C’était rigolo… dire ça en pleine semaine du 8 mars…

A la base de la création de Toutes en moto, en 2010, il y avait deux femmes qui, passés les 50 ans et une fois les enfants élevés, voulaient s’émanciper…

Le JDM.- Et quel regard portez-vous sur les aventurières, Mélusine Mallender ou, de la génération précédente, Anne-France Dautheville ?

S. D.- Maintenant que je ne fais plus de compétition, j’aimerais voyager à moto. Ce qu’a fait Anne-France Dautheville, partir seule à moto dans les années 70 dans des pays comme l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan, elle ne pourrait plus le faire aujour’hui. En Afghhanistan en 1973, une femme plus une moto, c’était du jamais vu ! En Iran, Mélusine Mallender n’avait pas le droit de conduire sa moto. Mais ce sont des modèles pour les femmes qui sont de plus en plus nombreuses à vouloir voyager. D’ailleurs, ça se démocratise et des voyagistes proposent aujourd’hui des séjours soit pour des groupes mixtes, soit pour des groupes spécifiquement féminins. On a ainsi une copine qui propose sur trois jours des sorties 50 % yoga, 50 % moto. En Inde, un voyagiste propose dans un voyage féminin une journée consacrée aux sari et aux soieries…

Nous ne sommes pas pour la séparation des femmes et des hommes, mais des filles vont préférer rouler entre elles, alors pourquoi pas ?…

Le JDM.- Pour en revenir à Toutes en moto et la journée du 12 mars, il semble que cela devient compliqué à organiser avec certaines villes ?

S. D.- Oui, notamment avec Lyon et Paris. Mais ça devient aussi assez chaud avec Strasbourg et Bordeaux, alors que nous célébrons la Journée internationale des Droits des femmes. Mais certaines municipalités préfèrent stigmatiser les deux-roues motorisées et circuler à Paris par exemple, c’est devenu un enfer… Il faut arrêter ça ! Jean-Marc Belotti, le coordinateur de la FFMC PPC l’explique très bien : sur l’ensemble du parc motorisé de France, les 2RM ne représentent que 2 % de la pollution, alors cette stigmatisation n’a pas de sens.

Dans une société tellement individualiste qui ne nous correspond pas, Toutes en moto est engagée et solidaire !

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